lundi 17 février 2025

Épidémie de typhus - les morts ou hospitalisés de juin à Québec en 1756

 

Guillaume de Meritens de Pradals, lieutenant des grenadiers de La Sarre, embarqué à bord du Léopard, dit ceci de sa traversée dans une lettre adressée à son frère, datée du 4 juin 1756.

 
« Enfin me voilà arrivé à la capitale du Canada, avec bien du plaisir je vous assure. S'il n'avait pas été un grand rhume de poitrine que j'ai eu et qui me tient encore, j'aurais fait bon voyage en parfaite santé. J'espère que j'en serai quitte en prenant le lait que je prends sortant du pis de la vache; je trouve que cela me fait un grand bien. Nous avons eu tous nos soldats malades, mais ils se remettent tous les jours. Nous n'avons perdu, dans notre course, que sept hommes dont deux matelots (en date du 4 juin); des autres vaisseaux ils n'ont presque pas eu de malades, et n'ont perdu que peu de monde; nous avons été plus maltraités. » 

Dans l'édition de juillet 1943 du Bulletin des recherches historiques consacrée entre autres aux épidémies ayant sévi à Québec, on peut y lire le texte qui suit au sujet de l'épidémie de Typhus.

Bulletin des recherches historiques, juillet 1943, p. 210-211.


Cette épidémie n'est pas sans conséquence pour la ville de Québec. Les soldats embarqués à bord du Léopard seront les premiers touchés par cette maladie infectieuse. Voici une liste de soldats et officiers du Royal Roussillon et de La Sarre morts ou hospitalisés au courant du mois de juin 1756 suite à l'épidémie de typhus qui eut lieu à bord du Léopard. On dénombre également plusieurs victimes parmi les matelots et membres d'équipage.

samedi 1 février 2025

Arrivée des régiments de Royal Roussillon et de La Sarre à Québec en mai 1756


Le Départ de Brest de la flotte française pour l'expédition de
Port-Mahon dans l'île de Minorque le 10 avril 1756.
Les régiments de Royal Roussillon et La Sarre firent leur arrivée à Québec entre le 12 et le 31 mai 1756 à Québec. Les soldats n'eurent pas l'occasion de visiter Québec car ils reçurent leur destination presque immédiatement après leur arrivée.  Voici tout de même ce que l'enseigne Parscau Du Plessix avait à dire sur Québec lors de son passage: « L'enceinte de la ville est grande et elle est assez bien bâtie. Elle est partagée en haute et basse ville, étant placée sur une montagne qui s'abaisse en pointe du côté du levant». Cet enseigne rapporte une étymologie du nom Québec fort amusante: « ... Il y en eut un qui s'écria "quel bec" et comme il trouvèrent cet endroit commode pour y faire un établissement, on lui laissa ce nom. » 


Montcalm arrivé le premier sur la Licorne le 12 mai, partit immédiatement vers Montréal qu'il atteignit le 26 mai. Il devait y rencontrer le marquis de Vaudreuil afin de déterminer les destinations des régiments. Montcalm y rencontra Doreil, commissaire de guerre, qui l'informa de tout ce qu'il devait savoir afin de prendre des décisions éclairées. Bourlamaque arriva le 30 à Montréal, jour du départ de Doreil pour Québec. 


Entre-temps les cinq autres vaisseaux et frégates étaient arrivés à bon port. La Sauvage, arrivée le 31 mai 1756 à Québec, avait plusieurs malades sur les cadres. Deux matelots, morts pendant la traversée, furent jetés par-dessus bord le 5 mai. La Licorne et Le Héros l'avaient précédée en arrivant le 13 mai. La Sirène entra au port le 25 mai. L'Illustre est arrivé le 30 mai. 


Le Léopard, vaisseau que partageaient quelques compagnies du Royal Roussillon et de La Sarre, arriva à Québec le 30 mai 1756 au matin. On le mit en quarantaine dès son arrivée dans le port. On sait qu'une maladie épidémique s'est développée à bord. Celle-ci fut attribuée au manque de propreté car les officiers avaient fait gratter et nettoyer l'entrepont qu'une seule fois au cours de la traversée. D'autres blâmèrent le poisson. Un tribunal accusa le capitaine d'être responsable de ce manque d'hygiène. Toutefois, lorsque le jugement fut rendu, le capitaine de Gomain était lui-même décédé de cette maladie : le typhus. 


Arrivé à Québec le premier juin, Doreil passa le régiment de La Sarre en revue le lendemain et fit de même pour le Royal Roussillon le 7 juin. Ils remit à chacun l'habillement, la nourriture et fit "raccommoder" les armes. Chacun de ces bataillons partit en deux divisions. Les deux divisions de la La Sarre quittèrent Québec les 5 et 6 juin, firent route par eau jusqu'à 15 lieues de Montréal et de là s'y rendirent par terre.  Celles de Royal Roussillon partirent de Québec les 11 et 12 juin pour se rendre par terre près des Trois-Rivières où elles continueraient leur voyage par eau. Les soldats malades iraient les rejoindre plus tard. 


Au 15 juin, soit deux semaines après son arrivée, 280 des soldats embarqués sur ce navire étaient à l'Hôpital général ou à l'Hôtel-Dieu de Québec. Alors qu'un peu plus de vingt soldats embarqués sur les autres vaisseaux s'y trouvèrent, incommodés par la traversée. Au vingt juin, Doreil compte 20 soldats décédés de cette maladie virale ainsi qu'un domestique. Du côté de la marine, le bilan est plus lourd. On déplore le décès d'environ cinquante matelots ou soldats de l'équipage. Leur capitaine, le lieutenant chirurgien ainsi que l'aumônier sont décédés. Afin de découvrir ce qu'était cette maladie et d'apporter un bon traitement, Doreil fait ouvrir les corps de deux grenadiers décédés depuis peu. Ce qu'il découvre n'est pas très joli: «On trouva la rate d'un volume considérable et gangrenée; un engorgement de sang et un gonflement de la tête avec un commencement de suppuration dans le cerveau, etc.».